Flambée des prix du cacao

Alice Voisin, Bean to Bar: Explorateurs de chocolats

Depuis lundi passé, le prix du cacao a dépassé un seuil jamais atteint: plus de 6.500$ / la tonne. C’est historique, nous faisons face au plus grand déficit de production de cacao dans l’histoire moderne. Votre fournisseur-de-chocolat-préféré vous informe sur les tenants et aboutissants de cette flambée des prix en tentant de répondre à trois questions :

  • Comment explique-t-on cette flambée des prix?
  • Est-ce que ces nouveaux prix profitent aux producteurs?
  • A quoi doit-on s’attendre en tant que consommateur?
Mais d'abord, quels sont les faits?

Depuis quelques mois, certains états producteurs n’ont pas pu honorer leurs contrats de livraison de cacao aux négociants et aux industriels, comme en Côté d’Ivoire ou au Ghana (qui représentent à eux deux 60% de la production mondiale) ou encore en République Dominicaine, le plus gros pays producteurs de cacao bio. Le Ghana doit faire face actuellement à un déficit de production de près de 50% par rapport à 2021.

Les acheteurs cèdent en ce moment à la panique, basée sur une crainte légitime, de se retrouver sans matière première pour produire. Et si la spéculation exacerbe les hausses de prix actuelles, c’est avant tout l’offre et la demande qui créent cette situation inédite. Les prix du cacao ont augmenté de 45% depuis début 2024.

Pendant des décennies nous étions habitués à un prix oscillant entre 2.500$ et 3.500$ la tonne. Prix sur lequel pourtant, tout le monde s’accordait pour dire qu’il ne couvrait pas les coûts de production des producteurs de cacao. Prix qui a mené à aggraver certaines problématiques telles que le revenu des producteurs, le travail des enfants et la déforestation.

A cet égard, on peut donc se réjouir d’une hausse des prix. Mais le déficit de production va induire de gros problèmes d’approvisionnement et de qualité dans toute la filière.

Comment expliquer ce déficit de production?

Il s’agit d’une combinaison de facteurs:

  1. Des événements climatiques locaux/saisonniers comme El Niño et/ou l’Harmattan, un vent chaud et sec du Sahara qui se traduit par un déficit de productivité, par des cabosses et des fèves plus petites, à faible teneur en beurre de cacao.
  2. Le changement climatique global qui induit des pluies torrentielles dans certaines régions. Le taux d’humidité excessif est plus propice aux maladies et au développement de champignons.
  3. Des virus comme le swollen shoot (propre aux cacaoyers d’Afrique de l’Ouest), une maladie qui peut détruire jusqu’à 100% de la production en 3 ans.
  4. De nouvelles réglementations au niveau de l’Union Européenne, comme celle visant à interdire l’introduction en UE de cacao issu de déforestation (ce qui est une excellente nouvelle, mais qui aura un gros impact sur les prix car 60% de la production mondiale transite par l’UE).
  5. Des phénomènes migratoires dans des communautés productrices de cacao issues de certains états d’Amérique Centrale où jusqu’à 30% de la population migre aux USA.
  6. Le vieillissement des vergers et des producteurs… par manque d’investissement par le passé, lié à la faible attractivité de cette culture. Les vieux plants, moins productifs, n’ont pas été remplacés à temps. Aussi, la jeune génération n’est pas tentée de reprendre la culture du cacao, elle se tourne vers les villes ou vers d’autres cultures plus rentables.
Bénéfique pour les producteurs?

Est-ce que les producteurs vont pouvoir tirer parti de la hausse des prix du cacao? Cela dépend des dynamiques locales:

  • Au Ghana et en Côte d’Ivoire c’est le gouvernement qui contrôle et fixe les prix pour la saison. La récolte est vendue un an à l’avance, donc les nouveaux prix ne seront pris en compte que l’année suivante. Cette saison, au Ghana, le producteur vend sa production au prix imposé de $1,8/kg.
  • En Afrique de l’Est, comme en Ouganda ou en Tanzanie, le marché est plus dynamique, il y a beaucoup d’acteurs locaux, plus de concurrence et un prix qui réagit plus rapidement à l’offre et à la demande. Dans ces pays, les producteurs gagnent 2 à 3x le prix des producteurs Ghanéens par exemple. (Ces différentes dynamiques locales induisent d’ailleurs des problèmes de contrebande, le cacao ivoirien et ghanéen est sorti du pays illégalement pour être vendu à meilleur prix en Afrique de l’Est).
  • En Amérique Latine, le marché est également très dynamique et les producteurs tirent profit de la hausse des cours du cacao.

A côté de cette hausse des prix, il faut garder à l’esprit que les producteurs sont en première ligne, ce sont eux qui prennent tous les risques. Depuis plusieurs mois, ils traversent des temps difficiles:

  • Leurs coûts de production ont augmentés,
  • Ils font face à de gros problèmes de qualité des récoltes,
  • Ils ont du mal à trouver des acheteurs et à ficeler des contrats avec ce nouveau prix et cette incertitude.
A quoi doit s'attendre le consommateur ?

Dans les prochains mois, sans surprise, il va falloir s’attendre à une hausse des prix des produits chocolatés.

Au niveau de l’offre, l’augmentation des prix va avoir indiscutablement un impact sur 3 axes: la qualité, le prix et le poids des produits.

Concernant la qualité, un nouveau type de produit va (ré-)apparaître: le faux chocolat, c’est-à-dire du chocolat produit avec des huiles végétales à la place du pur beurre de cacao.

Concernant le prix et le poids, c’est le fameux phénomène de shrink-flation, un phénomène combiné d’augmentation du prix et de diminution du poids/taille du produit.

Au niveau de la demande, il faut distinguer les types de produits allant d’un extrême à l’autre:

D’un côté, les barres et autres dérivés chocolatés en vente à la caisse des grands supermarchés, qui induisent un comportement d’achat impulsif.

De l’autre, les tablettes de chocolat de dégustation en vente dans les boutiques et sites spécialisés, qui sont davantage soumis à un achat réfléchi, intentionnel et conscient.

Avec l’augmentation des prix, les achats impulsifs devraient diminuer pour laisser place à des comportements d’achat plus réfléchis et se porter soit, sur d’autres produits chocolatés tels que le chocolat de dégustation soit, sur d’autres produits sucrés (non-chocolatés).

Pour les chocolatiers bean-to-bar, le prix au kilo pourrait augmenter de $2 à $3 et les problèmes d’approvisionnement être plus fréquents. Pour eux, il va falloir anticiper et sécuriser les achats encore plus, ainsi que diversifier les sources.

Pour les consommateurs, au-delà des répercussions sur les tarifs, cela peut passer par des remaniements de gamme de leur marque préférée et des ruptures de stock.

A quoi doit s'attendre le consommateur ?
Quel avenir pour la BeanBox ?

Soyez rassuré.es, la BeanBox a encore de beaux jours devant elle. De plus en plus de consommateurs comme vous et moi, s’intéressent à ce qui se cache derrière une tablette de chocolat.

En tant qu’actrice de la filière cacao/chocolat, j’ai à coeur de vous tenir informés sur ses enjeux et j’espère que la lecture de cet article vous a été utile. N’hésitez pas à le partager pour faire de nouveaux adeptes du vrai bon chocolat, et de notre newsletter!

Pour approfondir vos connaissances, je vous recommande d’aller consulter l’article de Emily Stone de Uncommon Cacao: https://www.uncommoncacao.com/blogs/uncommon-cacao/what-is-going-on-with-cocoa-prices-part-2

Et pour maintenir vos papilles au goût du jour, rien de tel qu’une tablette de chocolat bean-to-bar 😉

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